Ait Dani

Un peu d'histoire


    Les ateliers de poterie les plus célèbres et les plus anciens au Maroc sont ceux de Tamegroute, petite ville à 18 Km au sud de Zagora. Dans ces ateliers règne une ambiance conviviale, propice à la créativité au cœur d’un petit hameau traditionnel.

    Tamegroute est l'ultime agglomération de la province de Zagora: une belle ville d'un millier d'habitants, aux maisons en terre glaise imbriquées les unes dans les autres au bord d'une palmeraie, l'une des dernières de la vallée du Draa. Mais rien ne distinguerait Tamegroute de centaines de ksour (villages fortifiés) semblables, éparpillés dans le grand Sud, s'il n'y avait la zawiya, un lieu saint abritant une confrérie religieuse: seule une vingtaine de ces sites existent encore au Maroc. Celle de Tamegroute, fondée au XVIIe siècle, est le quartier général de l'importante confrérie Naciri, qui a répandu son influence durant plusieurs siècles sur une majeure partie du Sud marocain. Aujourd'hui, la zawiya est toujours dirigée par un descendant du fondateur, l'imam Sidi Mohammed Ben Nacer. Théologien, célèbre savant, médecin, passionné par les maladies de l'âme et les problèmes mentaux, l'érudit avait l'ambition de contribuer à la culture des bergers et des agriculteurs du Draa.

    Tamegroute est située aux confins de la vallée du Draa, le plus long cours d'eau du Maroc, entouré d'oasis luxuriantes. La vallée connaît son heure de gloire sous les Sadiens (1554-1659) avec l'apogée du commerce transsaharien. Elle est peuplée d'Arabes, de Berbères et de descendants d'esclaves.

    A la sortie du bourg, il y a la coopérative des potiers, l'autre fierté de Tamegroute. Ces ateliers de poterie, les plus anciens et les plus célèbres du Maroc, existent depuis le XVIe siècle. Sept familles y travaillent, soit 260 personnes. Ici, on est potier de père en fils et le métier s'apprend sur le tas, comme autrefois, en regardant les parents refaire inlassablement les mêmes gestes millénaires.

Les artisans sont comme enterrés jusqu'à la ceinture: les jambes qui actionnent la pédale sont lovées dans un trou creusé dans le sol. Etrange irruption du monde moderne, les téléphones portables trônent sur la tablette du tour. La spécialité locale est une superbe céramique verte vernie, un ton subtil, entre réséda et sapin, avec quelques coulures olive écrasée. Tuiles, carreaux, assiettes, bols, saladiers, jarres et cruches se vendent dans tout le pays. La teinte si spéciale s'obtient en recouvrant la glaise d'un mélange pâteux de khôl et de silice, une sorte d'oxyde de silicium

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Les potiers extraient eux même leur argile dans des galeries souterraines, et préparent leur barbotine en la foulant au pied. La cuisson dure cinq heures à 1 100 °C. Les sept fours à bois dégagent une âcre fumée noire. Pour les chauffer, par 800 pièces, les potiers utilisent une recette ancestrale: un mélange d'herbes du désert et de bois de palme. Il faut environ une journée pour remplir soigneusement le four, en séparant bien les pièces pour qu'elles ne se collent pas. Une fois les portes hermétiquement fermées avec des pierres et de l'argile, la cuisson elle même prend environ quatre heures. Après une nuit de refroidissement, les pots avec leur belle couleur verte un peu irrégulière sont prêts. Une cuisson à laquelle ils sont farouchement attachés, malgré deux superbes fours à gaz flambant neufs offerts par la Banque mondiale pour économiser le combustible végétal. Mais la plupart des potiers refusent d'utiliser ces nouvelles machines: «Mauvais résultats, trop de casse», affirment-ils. D'autres expliquent avoir reçu les fours sans la formation pour pouvoir les utiliser.

Cette poterie du Sud marocain se présente sous deux formes :


Un article de AFP - Jalal AL-MAKHFI de Mai 2013 explique bien l'histoire:

    Maroc : à Tamegroute, des artisans veillent sur le secret de la poterie verte

    Tamegrout - Au fil des oasis de l'extrême sud du Maroc, l'ocre du désert grignote peu à peu le décor. A Tamegroute, pourtant, le vert occupe toujours le devant de la scène, grâce à la poterie locale, unique par sa couleur. Autrefois voie de passage, comme toute la vallée du Draâ, sur les grandes routes caravanières, Tamegroute, cité de quelques milliers d'âmes, est le berceau de la confrérie soufie Zaouia Nassiria, fondée au XVIIe siècle par Mohamed Ben Nasser, qui fit venir un grand nombre de savants et d'artisans. Elle a conservé de cette riche période une célèbre bibliothèque, dont certains ouvrages remontent au XIe siècle, mais également une poterie typique en émail vert.
"C'est cette couleur verte qui fait sa renommée par rapport à d'autres poteries au Maroc. Je peux même dire que c'est la seule au monde, puisque beaucoup ont essayé de la copier mais sans succès, et cela grâce à son secret", avance Hamid Aït Dani, un artisan. Diplômé en chimie minérale, il note que la fabrication de la poterie "passe par quatre étapes principales: la préparation de l'argile, le modelage, la peinture et la cuisson". Mais c'est Abdelhak Bani, à la fois artisan et guide touristique, qui se charge d'expliquer aux visiteurs les caractéristiques locales. "L'interaction du cuivre, du khôl (à base de manganèse) et de +pierre morte+ génère cette couleur verte lors de la cuisson, tandis que de la poudre céréalière donne l'aspect brillant ondulé et les gradients illimités", dit-il.


    "Honorable métier"
"Il y a un autre élément derrière cette couleur qui reste secret", enchaîne toutefois M. Aït Bani. "Des artisans d'ici, avec un financement japonais, ont essayé de reproduire la même poterie dans des fours modernes à gaz. Mais le résultat n'était pas satisfaisant..."
Derrière les murs qui enserrent l'ancienne médina, d'où s'élève la fumée noire des vieux fours, ils sont au total une dizaine à veiller sur ce "secret", descendants de six familles installées dans la région depuis quatre siècles. "Nous avons hérité de cet honorable métier et nous le transmettons de père en fils. On vit de ses revenus depuis des siècles (...) et on est fiers de ça", proclame un de ces artisans, Abderrahmane Bassou.
"Elle représente notre culture et aide le tourisme local", ajoute-t-il, sous le regard d'un groupe de touristes australiens ayant délaissé pour quelques heures les sentiers battus menant aux premières dunes du Sahara. Selon Abdel Halim Sbai, qui organise des séjours dans le sud du Maroc, "la poterie et la deuxième activité des habitants après l'agriculture". "Dans les périodes de grande sécheresse, l'artisanat devient même la seule source de vie de la population. (...) Il faut soutenir ces familles qui ont gardé et protégé ces traditions et ce patrimoine", relève-t-il. Au coeur de cette fabrication artisanale, chaque "ingrédient" est aussi demeuré authentique, signalent les artisans de Tamegroute.
La terre et l'eau pour préparer la boue proviennent de la vallée du Draâ, et le bois des fours traditionnels des restes de troncs et de feuilles des palmiers-dattiers. Quant au transfert de ces différents matériaux, il se fait toujours à dos d'âne.


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